Un enfant franco-vietnamien qui grandit en France va naviguer entre deux langues, deux cultures, deux familles géographiquement éloignées. La scolarité est la première institution qu'il rencontre, et elle peut être une vraie chance si elle est bien accompagnée. Voici ce que les familles dans cette situation doivent savoir : l'inscription, l'arrivée en cours de scolarité, la transmission du vietnamien, et la double nationalité.

Bâtiments modernes à lames de bois et grille d'entrée du lycée français Alexandre Yersin, à Hanoï
L'entrée du lycée français Alexandre Yersin, à Hanoï, en septembre 2020. Photo : Thplam2004, Wikimedia Commons, CC0

L'école en France : les grandes lignes

Le système scolaire français est organisé en trois niveaux :

  • École maternelle (3-6 ans) : instruction obligatoire dès 3 ans depuis la rentrée 2019
  • École élémentaire (6-11 ans, CP au CM2) : obligatoire
  • Collège (11-15 ans, 6e à 3e), Lycée (15-18 ans) : instruction obligatoire jusqu'à 16 ans

L'école publique est entièrement gratuite, financée par l'État et les communes. Il existe aussi des écoles privées sous contrat (souvent catholiques), avec des frais variables selon l'établissement. Les écoles privées hors contrat et l'enseignement à distance (CNED) sont possibles mais moins courants.

Pour un parent qui a grandi dans le système vietnamien, quelques différences sautent aux yeux et méritent d'être posées d'emblée. La semaine française est organisée par commune (pas d'école le mercredi après-midi, et souvent pas le mercredi du tout en primaire), et l'année est rythmée par des vacances environ toutes les six à sept semaines, loin du rythme vietnamien, plus continu avec sa grande coupure du Tết. La pédagogie peut aussi surprendre, avec une place importante pour l'expression orale. Enfin, les cours particuliers (les học thêm vietnamiens) ne sont pas un passage attendu : le soutien passe d'abord par des dispositifs gratuits de l'école. Ces différences sont souvent un sujet de discussion dans le couple mixte : deux visions de l'école, toutes deux légitimes, qu'il vaut mieux confronter avant la rentrée qu'après le premier bulletin.

🌍 Langue d'enseignement : Tout se passe en français à l'école publique française. Les offres en vietnamien sont rares : le ministère citait en 2020 une section de langue orientale (SELO) vietnamien au collège et lycée Jean de La Fontaine, à Paris (offre actuelle à vérifier auprès du rectorat). Ailleurs, le bilinguisme se construit surtout à la maison et dans les associations.

Inscription à la maternelle

L'inscription se fait en deux étapes :

  1. À la mairie du domicile : obtenir un certificat d'inscription indiquant l'école de secteur
  2. Directement à l'école désignée par la mairie : admission officielle avec les documents

Documents généralement demandés :

  • Justificatif de domicile (moins de 3 mois)
  • Acte de naissance de l'enfant (traduit si étranger)
  • Carnet de santé avec les vaccinations obligatoires à jour (11 vaccins pour les enfants nés depuis 2018, plus les méningocoques ACWY et B depuis le 1er janvier 2025 ; admission provisoire possible avec 3 mois pour se mettre à jour, Service-Public F767)
  • Pièce d'identité du parent

La mairie ne peut légalement pas refuser l'inscription scolaire d'un enfant résidant sur sa commune, quelle que soit la situation administrative des parents.

Deux précisions utiles pour les familles arrivant du Vietnam. L'acte de naissance vietnamien doit être présenté avec une traduction ; et si votre enfant est né au Vietnam d'un parent français, la version la plus simple à produire est l'acte français issu de la transcription de la naissance auprès de l'ambassade (voir la section double nationalité). Côté vaccinations, le carnet vietnamien est accepté, mais le calendrier vaccinal français comporte des vaccins obligatoires pour l'entrée en collectivité : un rendez-vous chez un médecin français dès l'arrivée permet de faire le point et de compléter si besoin.

Pense aussi aux à-côtés qui font la vie scolaire française : cantine, garderie du matin et du soir, centre de loisirs du mercredi : tout cela s'inscrit en mairie, souvent avec une tarification au quotient familial. Pour un parent vietnamien qui découvre le système, ce vocabulaire (périscolaire, quotient familial, coopérative scolaire) est déroutant au début ; le secrétariat de l'école et les autres parents sont les meilleurs guides.

Enfant arrivant du Vietnam en cours de scolarité

Cas fréquent dans les couples mixtes : l'enfant a commencé sa scolarité au Vietnam (en vietnamien) et arrive en France à 6, 8 ou 10 ans sans parler couramment français. Le système est prévu pour ça :

  • L'évaluation initiale : l'Éducation nationale évalue le niveau de l'enfant (via le CASNAV, le centre académique dédié aux élèves allophones) pour déterminer sa classe d'affectation. La règle générale est le maintien dans la classe d'âge, pas le « redoublement » d'office.
  • Les dispositifs UPE2A : les élèves allophones nouvellement arrivés peuvent bénéficier d'unités pédagogiques dédiées, avec des heures de français en petit groupe, tout en suivant le reste des cours avec leur classe. L'objectif est l'immersion accompagnée, pas la mise à l'écart.
  • La progression réelle : le rythme d'apprentissage du français varie selon l'âge et l'enfant. Un risque souvent sous-estimé n'est pas le français : c'est de laisser le vietnamien s'effondrer pendant cette phase, précisément quand l'enfant concentre toute son énergie sur la nouvelle langue. C'est le moment où la régularité du parent vietnamien compte le plus.

Transmettre le vietnamien à l'enfant

C'est l'enjeu central pour les familles franco-vietnamiennes vivant en France. L'enfant apprendra le français naturellement à l'école ; le vietnamien, lui, doit être cultivé activement à la maison.

La méthode OPOL (One Parent, One Language) :

Une méthode souvent conseillée : chaque parent parle exclusivement sa langue maternelle à l'enfant. Le parent vietnamien parle toujours vietnamien. Le parent français parle toujours français. L'enfant apprend à passer de l'une à l'autre.

Ce qui aide :

  • Livres bilingues français-vietnamien pour les enfants
  • Dessins animés et chaînes YouTube en vietnamien
  • Cours de vietnamien le samedi dans les associations locales
  • Voyages réguliers au Vietnam : rien ne remplace l'immersion avec les grands-parents
  • Maintenir le contact avec la famille au Vietnam par vidéo régulièrement
💡 Réalité : En France, le français, langue de l'école et des copains, a tendance à devenir la langue dominante de l'enfant, et le vietnamien peut reculer. Il faut être constant et patient. Le mélange des deux langues chez un jeune enfant bilingue n'a rien d'inquiétant en soi ; en cas de doute, parlez-en au pédiatre.

Un atout méconnu : l'écriture vietnamienne est facile à lire

Contrairement au chinois ou au japonais, le vietnamien s'écrit en alphabet latin (le chữ quốc ngữ, hérité des missionnaires européens et notamment d'Alexandre de Rhodes). Pour un enfant qui apprend à lire en français, le passage à la lecture du vietnamien est donc rapide : les lettres sont les mêmes, seuls les signes diacritiques (tons et voyelles) s'ajoutent. La vraie difficulté du vietnamien est orale (six tons dans le parler du Nord, qui changent le sens des mots), et c'est ce qu'un enfant exposé tôt acquiert le plus facilement. D'où la règle d'or : l'oral d'abord, dès la naissance, par le parent vietnamien ; la lecture suivra presque toute seule à l'âge de l'école.

Le vietnamien dans les études : du bac à l'INALCO

Transmettre le vietnamien n'est pas qu'un projet affectif : c'est aussi un capital scolaire valorisable :

  • Au baccalauréat : le vietnamien reste dans la liste des langues vivantes (LVA, LVB et LVC), selon une réponse ministérielle publiée au JO le 7 juillet 2020. Mais depuis la session 2021, l'inscription à l'épreuve suppose d'avoir suivi l'enseignement correspondant : le lycée de l'enfant saura dire où le suivre (mutualisation entre établissements, par exemple). Pour un élève bilingue, c'est une épreuve où ses acquis comptent.
  • Dans le supérieur : l'INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales, à Paris) propose un cursus complet de vietnamien, de la licence au doctorat (offre à vérifier sur le site de l'INALCO), y compris pour les « héritiers » de la langue qui la parlent sans l'avoir jamais étudiée formellement.
  • Professionnellement : un profil réellement bilingue et biculturel peut être un atout dans la coopération, le commerce, la traduction, le tourisme.

Double nationalité et identité

Un enfant né d'un parent français et d'un parent vietnamien peut théoriquement revendiquer les deux nationalités. En pratique :

Côté français : il suffit que l'un des parents soit français pour que l'enfant soit français (droit du sang). La démarche : déclaration de naissance à la mairie (en France) ; si l'enfant naît au Vietnam, déclaration au consulat dans les 30 jours, ou transcription de l'acte vietnamien ensuite (ambassade de France au Vietnam).

Côté vietnamien : l'enfant d'un parent vietnamien et d'un parent étranger a la nationalité vietnamienne si les parents la choisissent à la déclaration de naissance. Depuis le 1er juillet 2025, un enfant né au Vietnam dont les parents ne s'accordent pas sur ce choix l'a aussi (article 16 de la loi sur la nationalité, modifié par la loi n° 79/2025/QH15). Sur le sol vietnamien, les autorités ne reconnaissent que sa nationalité vietnamienne. Avant un voyage, vérifiez avec quel passeport l'enfant doit quitter le Vietnam et y revenir (à vérifier auprès du service de l'immigration).

L'identité : Les enfants franco-vietnamiens (les "Eurasiens") naviguent entre deux cultures. On peut valoriser les deux héritages : la fête du Têt autant que Noël, la cuisine vietnamienne autant que la française, les deux familles. Cette double appartenance est une richesse qui se construit avec le temps, et d'autant mieux que les parents la présentent comme une évidence tranquille plutôt que comme un sujet. Raconter les deux histoires familiales, le prénom vietnamien que la grand-mère donne, le village d'origine de la famille : autant de repères pour les questions identitaires de l'adolescence.

Si vous vivez au Vietnam

Si la famille s'installe au Vietnam, plusieurs options de scolarisation existent :

  • Lycée français (AEFE) : réseau des lycées français à Hanoï et Hô Chi Minh-Ville. Enseignement en français, programme français, scolarité homologuée. Frais : à consulter sur le site de chaque établissement (montants à vérifier). Liste sur nos ressources recommandées.
  • École internationale : enseignement souvent en anglais (programme IB ou autre), à comparer en frais avec l'AEFE, mais l'enfant perd l'apprentissage structuré du français
  • École publique vietnamienne : enseignement en vietnamien ; frais de scolarité supprimés pour les élèves du public depuis l'année 2025-2026 (résolution 217/2025/QH15 ; cas d'un enfant de nationalité seulement étrangère à vérifier). Solution pour les enfants qui maîtrisent le vietnamien, mais programme très différent du programme français
  • CNED : enseignement à distance depuis la France, possible pour les enfants scolarisés à domicile au Vietnam, mais contraignant

Le choix dépend du projet familial : si un retour en France est probable, la continuité du système AEFE est un atout décisif (aucune rupture de programme, bourses possibles pour les enfants français) ; si la famille est ancrée au Vietnam pour de bon, le panachage école vietnamienne + français à la maison peut être un choix assumé. Pour le concret à Hanoï (établissements, tarifs, procédure d'inscription, crèches), voir le guide dédié : vivre à Hanoï avec un enfant.

Les associations franco-vietnamiennes

Des associations proposent des cours de vietnamien pour enfants en France et des activités culturelles :

  • UGVF (Union générale des Vietnamiens de France) : Paris (école Măng Non, Paris 13e) et sections à Grenoble, Lyon, Marseille, Lille
  • AAFV (Association d'amitié franco-vietnamienne, fondée en 1961) : événements culturels et solidarité, comités locaux
  • Associations locales dans les villes à forte communauté vietnamienne (Paris 13e, Lyon, Marseille)

Ces associations organisent aussi les fêtes du Têt, des cours de cuisine, des événements culturels : une manière de garder le lien avec le Vietnam pour l'enfant qui grandit en France. Paris 13e reste le cœur historique de la communauté (le « quartier asiatique » autour de l'avenue de Choisy), mais Lyon, Marseille, Toulouse ou Bordeaux ont aussi leurs réseaux. Même une participation ponctuelle (le Têt de l'association, un stage de cuisine) donne à l'enfant ce que la maison seule ne peut pas offrir : voir que le vietnamien est une langue sociale, parlée par d'autres enfants, pas juste « la langue de maman ».

Questions fréquentes

Depuis la rentrée 2019, l'instruction est obligatoire dès l'âge de 3 ans en France (loi n° 2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance). L'enfant doit être scolarisé à la rentrée de l'année civile où il fête ses 3 ans. En pratique, cela signifie la petite section de maternelle. L'école publique est gratuite pour tous les enfants résidant en France, quelle que soit la nationalité de leurs parents.
Oui. L'inscription scolaire d'un enfant n'est pas conditionnée au statut administratif des parents. Tout enfant résidant en France a le droit à la scolarisation, même si ses parents sont en situation irrégulière. La mairie ne peut pas refuser une inscription scolaire pour ce motif (Code de l'éducation, article L. 131-1 ; pièces exigibles fixées par le décret n° 2020-811 du 29 juin 2020). Les documents demandés sont habituellement : justificatif de domicile, document attestant l'identité de l'enfant et des responsables (acte de naissance, livret de famille), carnet de santé avec les vaccinations obligatoires.
Une méthode souvent conseillée est "une personne, une langue" (OPOL) : chaque parent parle exclusivement sa langue à l'enfant. Le parent vietnamien parle vietnamien à la maison, le parent français parle français. L'enfant apprend à passer de l'une à l'autre. Compléments possibles : cours de vietnamien dans les associations de la communauté (par exemple l'école Măng Non de l'UGVF à Paris), livres bilingues, voyages réguliers au Vietnam pour immerger l'enfant.
Côté français, oui : l'enfant est français dès sa naissance si l'un de ses parents au moins est français (Code civil, article 18). Côté vietnamien, pas automatiquement : avec un parent vietnamien et un parent étranger, l'enfant est vietnamien si les parents choisissent la nationalité vietnamienne en déclarant la naissance. S'il naît au Vietnam et que les parents ne s'accordent pas, il est vietnamien quand même (loi sur la nationalité, article 16, modifié en 2025). La France accepte la double nationalité ; le Vietnam pose le principe d'une seule nationalité, et sur son territoire ne reconnaît que la vietnamienne.
Oui : après la réforme du bac, le ministère a confirmé que le vietnamien reste dans la liste des langues vivantes, en LVA et LVB comme en LVC optionnelle (réponse ministérielle publiée au JO le 7 juillet 2020). Attention : depuis la session 2021, on ne peut s'inscrire à l'épreuve qu'à condition d'avoir suivi l'enseignement correspondant, au lycée ou en mutualisation entre établissements. Les modalités pratiques (épreuve inter-académique, organisation spécifique aux langues à faible diffusion) varient selon les années et les académies : le plus sûr est d'en parler au lycée dès la seconde pour que l'inscription à l'épreuve soit anticipée. Pour un élève réellement bilingue, c'est une façon de valoriser ses acquis familiaux, à condition de trouver où suivre le cours.
C'est un passage fréquent chez les enfants bilingues : le français devient la langue de l'école et des copains, et le vietnamien paraît « inutile ». Les leviers qui fonctionnent : ne pas transformer la langue en conflit, maintenir le vietnamien comme langue naturelle du parent concerné (comprendre suffit dans un premier temps), et surtout créer des contextes où le vietnamien redevient vivant : séjours au Vietnam avec les cousins, appels vidéo avec les grands-parents, dessins animés. La motivation peut revenir plus tard ; l'important est que la compréhension orale n'ait jamais été perdue.
Anthony Bouillon

Anthony Bouillon

Expatrié français installé au Vietnam. Je partage mon expérience du quotidien vietnamien : vie pratique, démarches, travail et couple franco-vietnamien.

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