L'argent est l'un des sujets les plus sensibles dans n'importe quel couple. Dans un couple franco-vietnamien, il y a souvent une couche supplémentaire :
- deux contextes économiques différents ;
- deux façons d'en parler (ou de ne pas en parler) ;
- parfois des attentes familiales qui entrent dans l'équation.
Je vais être direct dans cet article. Pas pour généraliser sur les Vietnamiens ou sur les Français, mais pour partager ce que nous avons traversé, les erreurs qu'on a faites et comment on a construit quelque chose qui fonctionne pour nous.
Le sujet qu'on évite, et pourquoi c'est une erreur
Quand on est au début d'une relation et que tout va bien, on n'a pas envie de parler d'argent. C'est casse-pieds, ça fait sérieux, ça peut créer des tensions là où il n'y en a pas encore. Alors on reporte. Et on reporte encore.
Pourquoi personne n'ose en parler
Dans un couple franco-vietnamien, cette tendance est souvent amplifiée par le fait que les deux partenaires évitent de "froisser" l'autre en abordant des sujets potentiellement culturellement sensibles.
- Lui : ne veut pas avoir l'air de compter.
- Elle : ne veut pas paraître intéressée.
Résultat : personne ne parle de rien, et les non-dits s'accumulent.
Ce que notre premier clash m'a appris
Notre premier vrai clash sur l'argent est venu d'une incompréhension que six mois de conversation ouverte en amont auraient pu éviter. Je ne détaillerai pas les circonstances par respect pour notre vie privée.
Deux rapports à l'argent, pas forcément opposés
Je vais faire attention à ne pas tomber dans les clichés. Les différences que j'observe dans notre couple ne sont pas "françaises vs. vietnamiennes" : elles sont personnelles, familiales, et liées à nos histoires respectives.
Ce qui m'a surpris les premières années
Cela dit, certaines choses m'ont surpris dans les premières années :
- La notion de "gagner de l'argent ensemble" : dans ma culture familiale, l'argent du couple est séparé jusqu'au mariage, puis progressivement mis en commun. Dans sa famille à elle, la mise en commun était plus rapide, plus naturelle dès que la relation est sérieuse.
- L'argent liquide : ma femme préfère le cash pour beaucoup de transactions. J'ai grandi avec la carte partout. Ce n'est pas un problème, c'est une habitude différente qui demande une organisation commune.
Ces différences ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles demandent d'en parler et de construire une logique commune.
Le soutien financier à la famille vietnamienne
C'est le sujet qui revient le plus souvent dans les discussions des couples franco-vietnamiens que je connais. Et celui qui crée le plus de tensions quand il n'est pas traité ouvertement.
Une norme familiale, pas une demande excessive
Dans de nombreuses familles vietnamiennes, les enfants adultes contribuent financièrement aux parents, surtout quand les parents vieillissent ou n'ont pas de retraite suffisante.
Ce n'est pas une "demande excessive" : c'est une norme familiale et un marqueur de gratitude et d'appartenance. C'est souvent quelque chose auquel ma femme tient profondément.
Côté pratique, les transferts vers le Vietnam se font via Wise : rapides, peu coûteux, et sa famille peut retirer l'argent facilement à l'agence ou le recevoir sur son compte Vietcombank.
La transparence dans les deux sens
Ce qui est important, c'est la transparence dans les deux sens. Je lui parle aussi des dépenses que j'engage pour ma famille en France. Ce n'est pas "ton argent et le mien" : c'est notre budget familial, avec des engagements vers les deux familles.
Notre organisation des dépenses communes
Après plusieurs ajustements, voici comment nous fonctionnons aujourd'hui. Ce modèle s'est construit progressivement : il n'est pas venu d'un coup.
La règle des 70 % (dans notre cas)
Notre organisation part d'un constat : dans notre couple, environ 70 % des dépenses vont vers la famille, pas vers le couple lui-même.
C'est notre cas, pas une règle générale : chaque famille est différente. Ce n'est pas une critique, c'est une réalité que nous avons dû intégrer dès le départ.
Chez nous, ces postes familiaux représentent une part bien plus importante du budget que dans un couple franco-français :
- les fêtes ;
- les cérémonies ;
- les cadeaux ;
- les contributions aux parents ;
- les voyages en famille.
Nos trois budgets
- Dépenses communes du foyer : loyer, courses, transports, abonnements. Un pot commun alimenté par chacun selon les revenus du moment.
- Dépenses personnelles : chacun garde son autonomie. Pas de compte à rendre sur ses propres dépenses.
- Soutien aux familles respectives : budgété à l'avance, décidé ensemble, traité de façon transparente des deux côtés.
Le pot commun passe par un compte Wise. Les dépenses personnelles restent sur nos comptes individuels (son Vietcombank, mon Boursorama).
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Construire la transparence financière : comment on y est arrivés
Ça n'a pas été immédiat. La difficulté n'était pas technique : c'était d'oser poser les sujets clairement, sans peur d'offenser.
1. Parler avant le mariage, pas après
Mon conseil le plus important est celui-ci : avant de vous marier, mettez sur la table toutes vos règles concernant l'argent :
- ce que chacun envoie à sa famille ;
- comment vous partagez les dépenses du foyer ;
- ce qui appartient à qui en cas de séparation.
Ce n'est pas romantique. C'est indispensable.
2. Le concept de giữ thể diện, et ce que j'aurais dû comprendre plus tôt
La notion de "garder la face" (giữ thể diện) joue un rôle dans beaucoup de décisions financières côté famille vietnamienne :
- les cadeaux à faire lors des événements ;
- les contributions visibles lors des cérémonies ;
- la générosité publique comme marqueur de statut.
Je comprends mieux maintenant pourquoi certaines dépenses me paraissaient irrationnelles : elles avaient une logique sociale que je ne voyais pas.
Je ne qualifie pas ça de bon ou mauvais. C'est un système différent du mien, avec sa cohérence interne. Le comprendre m'a évité beaucoup de malentendus.
3. Les cadeaux de produits français : un coût réel à anticiper
À chaque aller-retour depuis la France, je ramène des produits français pour la famille : fromages, vins, chocolats, cosmétiques.
Ça représente entre 100 et 300 € par voyage selon les circonstances et les demandes. C'est devenu une ligne budgétaire à part entière dans nos déplacements, pas un surcoût imprévu.
4. Le "compte illimité" : un malentendu à désamorcer
Il m'a fallu du temps pour comprendre que, dans la perception de certains membres de sa famille, un Français en couple avec une Vietnamienne = quelqu'un qui a un "compte en banque illimité".
Ce n'est pas malveillant : c'est une représentation construite par la différence de niveau de vie perçue.
Les signaux d'alerte dans un couple mixte
Voici des situations qui méritent une conversation ouverte, pas une solution unilatérale :
- ⚠️ Des dépenses cachées : une des deux personnes se sent contrainte de cacher des dépenses à l'autre.
- ⚠️ Un soutien qui déséquilibre : le soutien à une famille extérieure crée un déséquilibre qui pèse sur le couple.
- ⚠️ Deux visions de l'épargne : l'un des partenaires a une vision radicalement différente de l'autre sur ce que signifie "épargner".
- ⚠️ Des décisions sans discussion : les décisions financières importantes sont prises sans discussion préalable.
Aucun de ces signaux n'est spécifique aux couples franco-vietnamiens. Mais dans un contexte interculturel, ils peuvent être plus difficiles à nommer parce qu'on a peur d'être perçu comme "pas assez ouvert culturellement".
Ce qui nous a concrètement aidés
Pour terminer, les ressources et outils qui ont fait une vraie différence dans notre organisation financière :
- Wise : pour les transferts EUR/VND et le pot commun multi-devises. Indispensable pour un couple entre deux pays.
- Des conversations ouvertes avant le mariage : c'est le facteur qui fait le plus de différence. Poser les règles tôt.
- Un notaire pour le contrat de mariage : on a choisi la séparation de biens pour simplifier la gestion d'un patrimoine dans deux systèmes juridiques différents.
Pour aller plus loin
Pour les aspects pratiques du transfert d'argent, notre article sur Wise vs banques classiques couvre les détails techniques. Pour l'organisation du compte bancaire local, voir notre guide sur le compte joint franco-vietnamien.
📌 La fiche pratique sur Vietnam en poche Ouvrir un compte bancaire au Vietnam →
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