Oui, on peut travailler à distance depuis le Vietnam pour des clients ou un employeur en France. Des milliers de Français le font. Mais "possible" ne veut pas dire "sans conséquences" — il y a des statuts à choisir, une résidence fiscale à gérer et une protection sociale à ne pas laisser tomber. Ce guide fait le tour complet du sujet et renvoie vers chaque article détaillé.
Ce dossier couvre : les statuts juridiques disponibles, la fiscalité France-Vietnam, le choix du visa, la gestion de l'argent et la protection sociale. Pour le vécu quotidien (cafés, coworkings, internet, apps), lis plutôt travailler en ligne depuis le Vietnam : la vie pratique.
Les 4 statuts possibles : tableau comparatif
Avant tout, voici les options réelles pour un Français qui veut travailler depuis le Vietnam :
| Statut | Légalité côté Vietnam | Fiscalité | Protection sociale | Pour qui |
|---|---|---|---|---|
| Salarié FR en télétravail | Zone grise (pas de permis travail VN requis, mais risque d'établissement stable pour l'employeur) | Dépend de la résidence fiscale | Maintien Sécu FR via employeur | CDI existant + employeur tolérant |
| Portage salarial | Zone grise similaire, mieux géré | Cotisations en France sur revenus bruts | Sécu + retraite + chômage via société de portage | Freelance ou indépendant avec clients FR/EU |
| Micro-entreprise | Zone grise, dépend du client | Cotisations URSSAF obligatoires si résident fiscal français | Partielle (selon régime) | Faible CA, clients FR, résident fiscal FR |
| Contrat ou société locale VN | Légal avec permis de travail ou création de société | Impôt au Vietnam sur revenus VN | Cotisations sociales vietnamiennes obligatoires (BHXH, BHYT, BHTN) avec contrat local | Long terme, intégration locale |
Le statut le plus courant parmi les Français que je connais ici : le portage salarial. Il évite les frictions avec l'employeur français et offre une couverture sociale complète.
Le vrai sujet : où es-tu résident fiscal ?
Avant de choisir ton statut, tu dois trancher une question fondamentale : es-tu résident fiscal en France ou au Vietnam ? La réponse change tout — qui a le droit d'imposer tes revenus, quelles obligations déclaratives tu as, et dans quel pays tu dois cotiser.
La règle des 183 jours est souvent citée mais ce n'est qu'un des quatre critères français (domicile, séjour principal, activité professionnelle principale, intérêts économiques). Un salarié qui passe 6 mois au Vietnam peut rester résident fiscal français si son foyer familial et ses intérêts économiques y restent.
Option 1 — Rester salarié français en télétravail
C'est la solution la plus simple si tu as déjà un CDI et que ton employeur accepte. En pratique :
- Ton contrat de travail reste français, tu paies tes cotisations en France
- Ton employeur assume le risque de création d'un "établissement stable" au Vietnam — risque faible pour un salarié isolé, mais réel si plusieurs salariés travaillent depuis le même pays. À évaluer avec le service juridique de l'entreprise
- Tu restes couvert par la Sécurité sociale française (remboursement à l'étranger via CPAM + carte européenne si en déplacement en Europe)
- Problème pratique : les remboursements CPAM pour des soins au Vietnam sont souvent très partiels — une assurance complémentaire internationale est fortement conseillée
Cette configuration fonctionne bien pour des séjours de quelques mois. Au-delà d'un an, la question de la résidence fiscale se pose sérieusement et l'employeur commence à demander des garanties.
Option 2 — Le portage salarial
Le portage salarial est, selon moi, l'option la plus propre pour un freelance français au Vietnam. Tu signes un contrat avec une société de portage française, tu lui envoies tes missions, elle facture tes clients, paie les cotisations sociales françaises et te verse un salaire net.
- Tu restes salarié sur le papier → Sécu, retraite, droit au chômage (si éligible)
- Pas de problème de domiciliation d'activité à l'étranger
- Frais de gestion de la société de portage : en général 5–10 % du CA HT selon les sociétés
- Idéal pour des clients français ou européens payant en euros
Option 3 — Micro-entreprise ou freelance
La micro-entreprise est tentante par sa simplicité. Mais elle cache un piège sérieux pour les expatriés : si tu n'es plus résident fiscal français, domicilier ton activité en France devient compliqué — et facturer en micro depuis l'étranger peut créer des obligations fiscales doubles (voir le comparatif détaillé dans l'article dédié).
- Possible si tu restes résident fiscal français (moins de 183 jours au Vietnam, foyer en France)
- Protection sociale partielle (pas de chômage, retraite limitée)
- Avantage : très simple comptablement, régime micro-BNC ou micro-BIC
- Inconvénient : si tu passes résident fiscal vietnamien, la situation devient floue
Quel visa pour télétravailler depuis le Vietnam ?
Le Vietnam n'a pas de visa "digital nomad" officiel. Les options pratiques :
- E-visa (90 jours, renouvelable) : utilisé par la majorité des nomades, mais le renouvellement consécutif est une zone grise
- Visa DL (affaires, 3–12 mois) : plus adapté pour un séjour long, nécessite une lettre d'invitation d'une société vietnamienne
- Visa TT / TRC : si tu es marié(e) à un(e) Vietnamien(ne), c'est l'option la plus stable → guide visa TT et TRC pour conjoint de Vietnamien
Recevoir et gérer son argent
Quand tes clients paient en euros et que tu vis en đồng, la gestion des transferts est critique. Ce que j'utilise :
- Wise : pour recevoir les paiements euros sur un IBAN européen, puis transférer au taux interbancaire vers ton compte vietnamien. C'est de loin l'option la moins chère (commission ~0,5 %). → Guide complet Wise depuis le Vietnam
- Compte vietnamien (Techcombank, VPBank) : indispensable pour les dépenses locales → ouvrir un compte bancaire au Vietnam
- Compte français (Fortuneo, N26, etc.) : à maintenir pour recevoir des virements français, payer tes impôts français → Fortuneo en expatriation : ce qu'il faut savoir
Protection sociale, santé et retraite
C'est le sujet qui fait le plus peur — et à raison. En quittant un emploi salarié français, tu perds progressivement ta couverture sociale. Les options :
- Rester salarié ou en portage : tu conserves la Sécu française (la solution la plus simple)
- CFE (Caisse des Français de l'Étranger) : adhésion volontaire, permet de maintenir une couverture maladie et de cotiser pour la retraite de base française. Tarifs selon l'âge — consulte cfe.fr
- Assurance privée internationale : en complément ou en remplacement selon ta situation (ACS, April International, Cigna…). Les primes varient significativement selon l'âge et le niveau de couverture
Mon parcours
J'ai opté pour la micro-entreprise. Mes activités sont multiples : cours de français en ligne (je recrute mes élèves via mon TikTok @proffrancaisetranger), support informatique à distance et physique selon les déplacements, vente d'e-books sur Amazon sur l'apprentissage des langues et le système polyglotte, et de l'affiliation pour des applications et produits.
Pour les transferts, j'utilise Wise — c'est le moyen le plus simple et le moins cher pour envoyer des euros vers mon compte vietnamien au taux du marché.
Ce statut me convient pour l'instant. Si ma situation évolue vers la résidence fiscale vietnamienne, je réévaluerai si la micro reste l'option la plus adaptée.
Les informations de cet article s'appuient sur les sites et textes officiels suivants — vérifiés en juillet 2026 :
Commentaires
Sois le premier à réagir à cet article.
Laisser un commentaire
Ton email n'est pas publié. Les commentaires sont affichés ici directement.