Le portage salarial est, à mon sens, le statut le plus propre pour un freelance français qui travaille depuis le Vietnam. Tu restes salarié d'une société française, tu cotises pour ta retraite et ton chômage, tes clients reçoivent des factures professionnelles — et tu évites les casse-têtes administratifs de la micro-entreprise à l'étranger. Ce guide déroule le fonctionnement concret, les simulations de net, les critères de choix d'une société quand on vit à 10 000 km, et le volet fiscal que la plupart des articles esquivent.
Cet article fait partie du dossier travailler à distance depuis le Vietnam. Si tu hésites encore entre portage et micro-entreprise, lis aussi notre comparatif portage vs micro-entreprise pour expats — les deux articles se complètent, celui-ci entre dans le concret du portage.
Qu'est-ce que le portage salarial ?
Le portage salarial est un arrangement à trois parties, encadré par le Code du travail et une convention collective dédiée :
- Toi (le salarié porté) : tu trouves tes clients, tu réalises les missions
- La société de portage : elle signe le contrat avec le client, encaisse le paiement, paie les cotisations sociales et te verse un salaire
- Le client : il paie la société de portage (pas toi directement)
Ce qui te revient en salaire net est typiquement le CA HT de la mission, moins les frais de gestion de la société de portage (5–10 % en général), moins les charges patronales (~43 %) et salariales (~26 %) sur le salaire brut. Résultat : sur 1 000 € HT facturé, tu touches généralement entre 450 et 570 € nets selon le taux de frais de la société — un ratio à connaître avant de fixer ton TJM, pas après.
Portage depuis le Vietnam : ça marche vraiment ?
Oui — et c'est même l'un des rares statuts français qui traverse l'expatriation sans se déformer. Voici ce qui change (et ce qui ne change pas) quand tu es physiquement au Vietnam :
- ✅ Ton contrat reste un contrat de travail français — aucun obstacle légal à être ailleurs
- ✅ Tes cotisations sont versées en France — retraite, chômage, Sécu maintenus
- ✅ Tes clients reçoivent une facture française avec TVA — pas de complexité particulière pour eux
- ⚠️ Ta résidence fiscale évolue si tu passes l'essentiel de l'année au Vietnam → lire notre article sur la résidence fiscale et les 183 jours
- ⚠️ Certaines sociétés de portage sont réticentes à travailler avec des portés hors de France — demande-le explicitement avant de signer
Une nuance capitale que beaucoup découvrent trop tard : cotiser à la Sécurité sociale française ne veut pas dire être soigné gratuitement au Vietnam. L'assurance maladie française est territoriale — hors de France (et hors UE), tes soins courants au Vietnam ne sont pas pris en charge par la Sécu, même si tu cotises chaque mois via ton bulletin de portage. Pour la santé au quotidien à Hanoï ou ailleurs, il te faut une couverture dédiée : CFE, mutuelle internationale ou assurance locale — le comparatif est dans le guide santé expatrié. Tes cotisations françaises, elles, continuent de nourrir ta retraite et tes droits au chômage : c'est ça, le vrai bénéfice.
Une mission en portage, pas à pas
Pour dédramatiser le montage, voici le déroulé concret d'une mission type :
- Tu négocies la mission avec ton client — périmètre, tarif (TJM ou forfait), durée. C'est toi le commercial, la société de portage ne trouve pas de clients à ta place.
- Tu signes la convention d'adhésion puis ton contrat de travail avec la société de portage (CDI ou CDD de portage). C'est ce contrat qui fait de toi un salarié.
- La société de portage signe le contrat commercial avec ton client, reprenant les conditions que tu as négociées.
- Chaque mois, tu remplis ton compte-rendu d'activité (CRA) — les jours travaillés — et la société facture le client en conséquence.
- À l'encaissement, la société transforme le CA en salaire : frais de gestion déduits, charges payées, bulletin de paie émis, virement sur ton compte (français, que tu peux ensuite alimenter vers le Vietnam via Wise).
- Tu peux passer des frais professionnels (matériel, logiciels, déplacements liés aux missions) qui échappent aux charges — un levier d'optimisation légal à discuter avec ta société de portage.
À noter : le portage est réservé par la loi aux prestations intellectuelles (conseil, informatique, formation, rédaction, design…) exercées en autonomie — pas au commerce de biens ni aux services à la personne. La convention collective impose aussi un niveau de rémunération minimal au salarié porté, ce qui exclut de fait les missions à très petit tarif.
Simulation de salaire net
Ces chiffres sont indicatifs. Pour ta simulation précise, utilise le simulateur de ta société de portage ou consulte un comptable spécialisé. La mécanique, elle, est toujours la même : CA facturé → moins les frais de gestion → moins les charges patronales → salaire brut → moins les charges salariales → net versé.
| CA HT facturé/mois | Frais gestion (8 %) | Base salariale brute | Salaire net estimé |
|---|---|---|---|
| 2 000 € | 160 € | ~1 285 € | ~950 € |
| 3 500 € | 280 € | ~2 250 € | ~1 665 € |
| 5 000 € | 400 € | ~3 215 € | ~2 380 € |
| 8 000 € | 640 € | ~5 145 € | ~3 805 € |
Simulation indicative basée sur charges patronales ~43% et salariales ~26% (taux moyens en portage salarial France). Le net réel varie selon la société de portage, le taux de charges et les éventuels frais professionnels déductibles.
Pour avoir les chiffres exacts, le plus simple est de demander une simulation à la société de portage qui t'intéresse — c'est gratuit et elles le font sur demande.
Oui, la ponction paraît violente — environ la moitié du chiffre d'affaires. Mais compare ce qui est comparable : ce « coût » achète ta retraite qui continue de se construire, tes droits au chômage entre deux missions, ta prévoyance, ta responsabilité civile professionnelle, zéro comptabilité et des factures que les grands comptes acceptent sans sourciller. Le freelance en micro-entreprise qui affiche un meilleur « net » immédiat paie la différence ailleurs : pas de chômage, retraite réduite, et des clients corporate qui rechignent parfois à contracter avec un indépendant. Vu du Vietnam, où ton coût de vie est faible, l'arbitrage « moins de net, plus de filet » est souvent plus rationnel qu'il n'y paraît — surtout si tu envisages un retour en France un jour.
Choisir sa société de portage
Il existe des dizaines de sociétés de portage en France, des généralistes historiques aux spécialistes d'un secteur (IT, ingénierie, formation). Pour un porté « classique » basé en France, elles se valent à peu près ; pour un expatrié au Vietnam, quelques critères deviennent éliminatoires — à commencer par leur position écrite sur les portés résidant à l'étranger et leur capacité à facturer des clients hors de France. Voici la grille complète :
| Critère | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|
| Acceptation des portés à l'étranger | Certaines refusent ou ajoutent des conditions — demande-le explicitement par écrit |
| Taux de frais de gestion | 5 à 10 % du CA HT selon les sociétés — plus bas n'est pas toujours mieux si le service est mauvais |
| Délai de versement du salaire | Dès réception du paiement client ou à date fixe ? Important pour ta trésorerie |
| Avances sur salaire | Certaines proposent une avance si le client tarde à payer |
| Facturation internationale | Peuvent-elles facturer des clients hors France (en USD, EUR, etc.) ? |
| Assurance RC Pro incluse | Important si tu interviens dans des domaines sensibles (conseil, juridique, médical) |
| Convention collective appliquée | La convention collective du portage salarial (IDCC 3219) est obligatoire depuis 2017 |
Portage salarial et résidence fiscale
C'est le point le plus complexe de tout le montage, celui qui mérite un vrai conseil professionnel, et celui où il faut résister aux réponses simples des forums. Être en portage salarial ne définit pas automatiquement ta résidence fiscale : le statut social (salarié d'une société française) et la résidence fiscale (où tu es imposable) sont deux questions indépendantes, tranchées par des critères différents. Si tu passes la majorité de l'année au Vietnam et que tes intérêts économiques principaux y sont, tu peux devenir résident fiscal vietnamien — même en restant salarié d'une société de portage française.
Dans ce cas :
- La France n'a plus le droit d'imposer tous tes revenus (seulement les "revenus de source française" selon la convention de 1993)
- Tu dois remplir une déclaration de revenus au Vietnam sur tes revenus de source vietnamienne ou mondiale (selon ta situation) — consulte un expert-comptable spécialisé en expatriation pour les obligations exactes
- Tes cotisations sociales restent françaises même si tu n'es plus résident fiscal français
Le scénario inverse existe aussi, et il est plus simple : si tu alternes entre la France et le Vietnam sans dépasser les seuils (moins de la moitié de l'année au Vietnam, foyer et intérêts restés en France), tu restes résident fiscal français et rien ne change à ta déclaration. Beaucoup de portés « semi-nomades » sont dans ce cas. La bascule ne se produit pas par accident d'un jour à l'autre — mais elle se constate a posteriori si tu ne suis pas tes jours de présence. Tiens un décompte simple (un tableur suffit) dès que tes séjours au Vietnam s'allongent.
→ Résidence fiscale et règle des 183 jours
→ Convention fiscale France-Vietnam 1993 expliquée
Portage vs autres statuts : récapitulatif
| Critère | Portage salarial | Micro-entreprise | Salarié FR |
|---|---|---|---|
| Retraite française | ✅ Oui (cotisations) | Partielle (RSI/SSI) | ✅ Oui |
| Droit au chômage | ✅ Oui (si éligible) | ❌ Non | ✅ Oui |
| Sécu française | ✅ Oui | Partielle | ✅ Oui |
| Simplicité admin | Moyenne | ✅ Simple | ✅ Simple |
| Coût (charges) | Élevé (~45–50 % + frais) | Faible (micro) | Élevé (employeur) |
| Problème expatriation | Faible | ⚠️ Domiciliation si non-résident | ⚠️ Établissement stable |
- Tous les statuts pour travailler depuis le Vietnam — portage, micro, salariat, contrat local
- Travailler en ligne depuis le Vietnam — les plateformes et le quotidien
- Organiser ses finances entre France et Vietnam — comptes, Wise, stratégie
- Quitter la France — résidence fiscale, Sécu, démarches de départ
- → Calculateur de budget Vietnam — pour savoir quel revenu viser selon ton style de vie
Les erreurs fréquentes des portés expatriés
- Choisir sa société uniquement au taux de frais : 2 points de frais d'écart pèsent moins qu'un salaire versé avec un mois de retard ou un support injoignable à 6 h de décalage horaire. Compare le service, pas seulement le pourcentage.
- Ne pas dire qu'on vit au Vietnam : cacher sa localisation à sa société de portage est le meilleur moyen de créer un litige (adresse fiscale du bulletin, obligations déclaratives). Les sociétés qui acceptent les portés à l'étranger existent — autant jouer cartes sur table.
- Confondre salaire net et net d'impôt : le prélèvement à la source s'applique selon ta situation fiscale, qui change justement avec l'expatriation. Le « net » de la simulation n'est pas forcément ce qui reste après impôts.
- Ignorer les frais professionnels : c'est le principal levier d'optimisation légale du portage, et beaucoup de portés ne l'utilisent jamais.
- Laisser la résidence fiscale au hasard : passer 200 jours par an au Vietnam sans jamais se poser la question, c'est s'exposer à une régularisation des deux côtés. Le sujet se traite en amont, pas en réaction.
Les informations de cet article s'appuient sur les sites et textes officiels suivants — vérifiés en juillet 2026 :
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