Sur les forums et groupes Facebook franco-vietnamiens, la confusion entre "regroupement familial" et "visa conjoint de Français" revient constamment. Ces deux procédures portent sur la venue d'un conjoint étranger en France, mais elles ne s'adressent pas du tout aux mêmes situations : l'une concerne les Français, l'autre les étrangers résidant en France, avec des conditions, des interlocuteurs et des délais radicalement différents. En faire l'amalgame peut coûter des mois de démarches inutiles, voire des décisions de vie prises sur de fausses contraintes. Cet article remet chaque procédure à sa place, une bonne fois pour toutes.

L'enceinte de l'ambassade de France à Hanoï, 57 rue Trần Hưng Đạo, derrière de grands arbres, avec des motos au carrefour
L'ambassade de France à Hanoï, 57 rue Trần Hưng Đạo. Photo : Phan Minh Tuấn, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La confusion la plus fréquente

La confusion vient du fait que les deux procédures mènent au même résultat apparent : le conjoint étranger arrive en France et y obtient un titre de séjour. Mais l'initiateur de la démarche n'est pas le même :

La règle simple :

✅ Visa conjoint de Français → Vous êtes français(e). Votre conjoint(e) vietnamien(ne) demande un visa à l'ambassade de France au Vietnam.

✅ Regroupement familial → Vous êtes étranger(e) en séjour régulier en France. Vous demandez à l'OFII de faire venir votre famille.

Si vous êtes français(e) et que vous invitez votre conjoint(e) vietnamien(ne) à vous rejoindre en France, le regroupement familial ne vous concerne pas. C'est une procédure qui n'existe pas pour les Français.

D'où vient la confusion ? D'abord du langage courant : « regroupement familial » sonne comme une description naturelle de ce qu'on veut faire : regrouper sa famille. Ensuite du vocabulaire officiel lui-même : sur la plateforme France-Visas, la catégorie qui concerne les conjoints de Français s'appelle « famille de Français », un terme que presque personne n'emploie spontanément. Résultat : on tape « regroupement familial Vietnam » dans Google, on tombe sur les pages OFII, et on se retrouve à éplucher des conditions de ressources et de logement qui ne s'appliquent pas à son cas. On peut alors retarder son projet en croyant devoir attendre un CDI ou un appartement plus grand, alors que rien de tout cela n'est exigé pour le conjoint de Français.

Le réflexe à adopter : avant de lire une check-list trouvée en ligne, vérifiez toujours à qui elle s'adresse. Si la page parle d'OFII, de 18 mois de séjour régulier ou de surface de logement, elle concerne les étrangers résidant en France, pas les Français mariés à un(e) Vietnamien(ne).

Le visa conjoint de Français (VLS-TS) : pour les couples franco-vietnamiens

C'est la procédure qui s'applique dans la plupart des cas pour ce blog : un(e) Français(e) marié(e) à un(e) ressortissant(e) vietnamien(ne) qui souhaite venir vivre en France. Elle relève de la catégorie « famille de Français » et se déroule intégralement côté consulaire, sans passage par l'OFII avant l'arrivée.

Comment ça marche :

  1. Le mariage est célébré au Vietnam (après obtention du CCAM) ou en France
  2. S'il a été célébré au Vietnam, le mariage doit être transcrit sur les registres français par l'ambassade ou le consulat général de France au Vietnam : c'est l'acte de mariage français qui fonde la demande de visa (le guide transcription est ici)
  3. Votre conjoint(e) dépose une demande de visa long séjour valant titre de séjour (VLS-TS) à l'ambassade de France à Hanoï ou au consulat général à Hô Chi Minh-Ville
  4. À l'arrivée en France, le VLS-TS doit être validé en ligne dans les 3 mois (plateforme de l'administration des étrangers en France), avec paiement d'une taxe de 300 € (depuis le 1er mai 2026)
  5. L'OFII convoque ensuite votre conjoint(e) pour le parcours d'intégration : signature du contrat d'intégration républicaine (CIR), évaluation du niveau de français, formations civiques
  6. Au terme de la première année : en renouvellement du VLS-TS, une carte de séjour pluriannuelle "vie privée et familiale" (Service-Public)

Ce qui est vérifié : la réalité du mariage, l'intention de vie commune, l'absence de menace à l'ordre public. Le visa ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public (CESEDA, article L312-3) : pas de condition de ressources ni de logement. C'est une différence fondamentale avec le regroupement familial, et une protection voulue : le droit de vivre en France avec son époux ou épouse découle du mariage avec un(e) Français(e), pas du niveau de revenus du couple.

Attention à une nuance souvent mal comprise : « pas de condition de ressources » ne veut pas dire « pas d'examen du dossier ». L'ambassade vérifie sérieusement l'authenticité de la relation : c'est l'objet de l'entretien, des pièces sur l'historique du couple et, en amont, de l'audition CCAM. Un dossier mal préparé sur ce terrain-là peut être refusé alors même que toutes les cases administratives sont cochées. Notre guide de l'entretien à l'ambassade détaille ce qui est réellement évalué.

Le regroupement familial : pour les étrangers en France

Le regroupement familial (CESEDA, articles L434-1 à L434-12) est une procédure pour un étranger résidant légalement en France qui souhaite faire venir son conjoint et ses enfants. L'initiateur est un étranger déjà installé en France, pas un Français.

Les conditions sont nettement plus strictes :

  • Être en séjour régulier en France depuis au moins 18 mois
  • Disposer de ressources au moins égales à la moyenne du SMIC brut mensuel des 12 derniers mois : 1 867,02 € pour une famille de 2 ou 3 personnes (Service-Public, vérifié le 1er juin 2026)
  • Avoir un logement d'une surface minimale : pour un couple, 22 m² en zones A bis et A, 24 m² en zones B1 et B2, 28 m² en zone C, plus 10 m² par personne supplémentaire
  • Les prestations familiales, le RSA et certaines autres aides ne comptent pas dans les ressources
  • Le conjoint étranger doit avoir au moins 18 ans

La demande se fait en ligne (service « Demande de regroupement familial ») ou par courrier recommandé à l'OFII, pas au consulat. Le préfet a 6 mois pour décider à partir du dossier complet : sans réponse, la demande est refusée implicitement. En cas d'accord, le conjoint reçoit un VLS-TS, à valider en ligne dans les 3 mois suivant son arrivée (Service-Public).

Pourquoi ces conditions plus dures ? Parce que la logique juridique n'est pas la même. Le conjoint d'un(e) Français(e) bénéficie d'un droit attaché au mariage avec un ressortissant du pays. Le regroupement familial, lui, est un mécanisme d'immigration familiale encadré par des critères d'intégration matérielle : l'État vérifie que le foyer déjà installé peut accueillir la famille dans des conditions décentes (revenus, logement) avant d'autoriser sa venue. Les deux procédures traduisent deux philosophies différentes du droit au séjour : d'où l'importance de frapper à la bonne porte dès le départ.

Cas concret où le regroupement familial concerne la communauté vietnamienne : un ressortissant vietnamien titulaire d'une carte de séjour en France (salarié, par exemple) marié à une Vietnamienne restée au pays. C'est lui qui dépose le dossier de regroupement familial. S'il obtient plus tard la nationalité française, la logique bascule : pour toute nouvelle demande familiale, ce sont les règles applicables aux Français qui s'appliqueraient.

Tableau comparatif

Visa conjoint de Français Regroupement familial
Qui initie ?Le conjoint français (en France ou à l'étranger)Un étranger résidant en France
Où déposer ?TLScontact, pour l'ambassade de France au VietnamEn ligne, ou par courrier recommandé à l'OFII
Conditions de ressourcesAucune fixée par la loiAu moins le SMIC brut moyen sur 12 mois
Conditions de logementAucune fixée par la loiSurface conforme obligatoire
Délai minimumAucun (dès que le mariage est inscrit à l'état civil français)18 mois de séjour en France
Durée de traitementJusqu'à 2 mois d'instruction du visa, indicatif (France-Visas)Décision du préfet sous 6 mois (dossier complet), puis le visa
RésultatVLS-TS d'un an → carte pluriannuelleVLS-TS pour le conjoint

Quelle procédure s'applique à vous ?

Pour les lecteurs de ce blog, c'est presque toujours le visa conjoint de Français. Le test tient en une question : qui est déjà installé en France, et quelle est sa nationalité ? Si la personne installée (ou qui va s'installer) est française, la procédure passe par l'ambassade et le visa conjoint. Si elle est étrangère avec un titre de séjour, c'est l'OFII et le regroupement familial. Voici les cas de figure :

  • Vous êtes Français(e) marié(e) à une Vietnamien(ne) : visa conjoint de Français via l'ambassade.
  • Vous êtes étranger(e) non-français résidant en France, marié(e) à un(e) Vietnamien(ne) : regroupement familial si vos ressources et logement sont conformes.
  • Vous êtes Français(e) et vous vivez actuellement au Vietnam : votre conjoint(e) peut quand même demander le visa conjoint de Français à l'ambassade : il n'est pas obligatoire que vous résidiez en France. C'est le scénario du couple installé au Vietnam qui prépare un retour : les démarches (transcription du mariage, puis visa) peuvent être menées depuis Hanoï ou Hô Chi Minh-Ville, et notre guide « faire venir sa conjointe » déroule tout le calendrier.
  • Vous n'êtes pas encore mariés : aucune des deux procédures ne s'applique. Il n'existe pas de « visa fiancé(e) » pérenne en droit français : le parcours passe par le mariage (au Vietnam après CCAM, ou en France après publication des bans), puis par le visa conjoint. Le PACS n'ouvre pas non plus de droit au séjour.

Après l'arrivée : le parcours des titres de séjour

La différence entre les deux procédures s'estompe une fois le conjoint arrivé : dans les deux cas, il entre dans le parcours de droit commun des titres de séjour. Pour le conjoint de Français, le déroulé type est le suivant :

  • Année 1 : VLS-TS validé en ligne, parcours OFII (CIR, formations civiques, évaluation linguistique).
  • Renouvellement : en renouvellement du VLS-TS, une carte pluriannuelle « vie privée et familiale », si la communauté de vie perdure (Service-Public).
  • Carte de résident (10 ans) : accessible après trois ans de mariage et trois ans de séjour régulier, si la communauté de vie n'a pas cessé, avec le niveau B1 et l'examen civique pour une première demande (CESEDA, article L423-6).
  • Nationalité française : par déclaration à raison du mariage, possible après quatre ans d'union et de communauté de vie (cinq dans certains cas), avec exigence de niveau de français (formulaire Cerfa 15277*04, timbre de 255 €) : le détail est dans notre article sur la naturalisation du conjoint vietnamien.

Deux fils rouges traversent tout ce parcours : la communauté de vie (vivre réellement ensemble : les préfectures peuvent la vérifier à chaque renouvellement) et le niveau de français, exigé à des paliers croissants. Commencer l'apprentissage du français dès le Vietnam n'est donc pas un luxe, c'est un investissement administratif direct, en plus de tout ce que ça change au quotidien (et ça vaut dans les deux sens).

Les erreurs fréquentes

  • Employer « regroupement familial » pour tout et n'importe quoi : sur les forums, le terme est utilisé comme synonyme de « faire venir mon conjoint ». Résultat : des couples franco-vietnamiens suivent des check-lists OFII (ressources, logement) qui ne les concernent pas, et paniquent pour des conditions qu'on ne leur demandera jamais.
  • Demander le visa avant la transcription du mariage : pour un mariage célébré au Vietnam, l'acte vietnamien seul ne suffit pas : c'est la transcription au consulat qui rend le mariage opposable en France et fonde la demande de VLS-TS. L'ordre des étapes n'est pas négociable.
  • Faire venir son conjoint avec un visa court séjour « en attendant » : entrer en visa touriste puis demander un changement de statut sur place est un parcours risqué et incertain. La voie propre est le VLS-TS demandé depuis le Vietnam.
  • Oublier la validation en ligne des 3 mois : un VLS-TS non validé dans les délais met le conjoint en situation irrégulière, avec des complications en cascade au premier renouvellement.
  • Négliger l'assurance et la couverture santé de la période de transition : entre l'arrivée et l'affiliation à la Sécurité sociale, il y a un entre-deux à couvrir : pensez-y avant le départ.

📌 Faire venir son conjoint(e) vietnamien(ne) en France : le guide complet 2026

Questions fréquentes

Non, si vous êtes français(e). Le regroupement familial est une procédure pour les étrangers résidant légalement en France qui souhaitent faire venir leur famille. Si vous êtes français(e) et que vous invitez votre conjoint(e) vietnamien(ne), la procédure est le visa de long séjour "conjoint de Français" (VLS-TS), délivré par l'ambassade de France au Vietnam. Ces deux procédures sont entièrement séparées.
Contrairement au regroupement familial, la procédure visa conjoint de Français n'impose pas de seuil de ressources au conjoint français. Il n'y a pas de conditions de logement ni de revenus minimum légalement fixés pour obtenir le VLS-TS conjoint. L'ambassade vérifie la réalité du mariage et l'intention de vie commune, pas les ressources du couple. Cette absence de condition de revenus est un avantage significatif par rapport au regroupement familial.
Non, aucun délai d'attente n'est imposé. Mais pour un mariage célébré au Vietnam, il faut d'abord la transcription : la liste France-Visas demande l'acte de mariage français. Ni le CCAM ni la transcription n'ont de délai publié, et France-Visas indique ensuite jusqu'à 2 mois d'instruction pour le visa, à titre indicatif. Il vaut donc mieux commencer les démarches CCAM bien avant la date souhaitée d'arrivée en France.
Oui : c'est exactement la situation pour laquelle le regroupement familial a été créé. Si vous êtes vous-même étranger (non français) en situation régulière en France depuis au moins 18 mois, vous pouvez demander le regroupement familial pour votre conjoint vietnamien. La demande se fait en ligne ou par courrier recommandé à l'OFII, pas au consulat. Les conditions sont différentes : ressources au moins égales au SMIC brut moyen des 12 derniers mois, logement d'une surface minimale, et le préfet a 6 mois pour décider à partir du dossier complet (Service-Public).
Non. Le visa conjoint de Français exige un mariage : le PACS ne donne pas le statut de conjoint au sens du droit au séjour. Le regroupement familial vise lui aussi le conjoint marié. Un PACS peut seulement servir d'élément d'appréciation dans d'autres types de dossiers (renouvellement de titre, vie privée et familiale). Le détail est dans notre article dédié au PACS franco-vietnamien.
Pas automatiquement. Le visa conjoint de Français couvre le conjoint, pas les enfants d'une précédente union. Ces enfants doivent faire l'objet d'une demande spécifique, examinée selon leur situation (autorité parentale, accord de l'autre parent, âge). C'est un point à anticiper très tôt avec l'ambassade, car il peut allonger considérablement le calendrier familial.
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Anthony Bouillon

Anthony Bouillon

Expatrié français installé au Vietnam. Je partage mon expérience du quotidien vietnamien : vie pratique, démarches, travail et couple franco-vietnamien.

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